Description de l'œuvre

Pages intimes de ma peau est un hommage rendu à Josée Yvon dont 2014 marquait le vingtième anniversaire de la mort. Le titre, paru au printemps 2015 aux Écrits des Forges, dans sa collection de poche, réunit La chienne de l'hôtel Tropicana, initialement paru en 1977, Koréphilie (1981) et Filles-missiles (1986), auxquels l’éditeur a ajouté quelques poèmes épars parus à la même l’époque.

 

Josée Yvon a élaboré une œuvre tout à fait originale et hors du commun. Elle s’est intéressée à la littérature américaine, plus particulièrement au travail d’avant-garde de ceux qu’on associe à la Beat Generation et, au premier chef, à Jack Kerouac; mais elle a aussi été influencée par la littérature lesbienne des années 1960-1970. Elle a inscrit son œuvre dans ce qu’il a été convenu d’appeler le mouvement de la contre-culture, dont elle a été la représentante la plus fervente.

 

La poète a été l’une des toutes premières, dans sa poésie et dans ses récits, à utiliser différents stratagèmes littéraires, comme le mélange des genres, le collage, la langue parlée, et la provocation extrême de style trash, pour faire vivre les personnages de junkies, de travesties, de danseuses érotiques, de prostituées et d’autres paumés qu’elle mettait en scène. La chienne de l’hôtel Tropicana est typique de ce travail d’Yvon :

 

 personne ne peut abuser d’elle, c’est déjà fait.

une vulve mordue, fourrée avec des couteaux, tous ses

bleus de morphine sur les seins, son maquillage offre la

cible insolente de la brassière rapiécée, les culottes à

frange décolorée-cheap, la lumière crue d’un mauvais

éclairage

une nudité déconcertante au rang des méprisées

d’avance

c’est sa peau familière, non synthétique qui est

provocante

le verre brisé des bouteilles lui enfonce les pieds. 

 

L’univers mis en scène par la poète est celui du mal-être et du mal de vivre des blessés de la société, ces exclus à qui elle témoigne respect et affection. Elle oppose le sombre quotidien de ces derniers à celui de l’ensemble de la société, violemment et radicalement, dans une vision sociopolitique de la société perçue comme privilégiée, standard et uniformisante. Mais surtout stéréotypée et aliénante, et qui n’hésite pas à ajouter à la misère de ceux, et de celles surtout, qu’elle ne voit pas.