Description de l'œuvre

Voici réunis dans une anthologie intitulée Le monde n’est pas du monde les trois recueils de poésie que Hélène Monette a fait paraître aux Écrits des Forges : Montréal brûle-t-elle (1987, traduit en espagnol en 1997), Lettres insolites (1990) et Le diable est aux vaches (1992).

Poète et romancière, récipiendaire du Prix du Gouverneur général en 2009 pour son recueil Thérèse pour joie et orchestre, paru aux éditions du Boréal, Hélène Monette (1960–2015) a laissé une œuvre singulière dans le paysage littéraire québécois. Empreinte d’humour et d’ironie, sa poésie jette un regard sans concession sur les êtres, leurs rêves souvent bafoués et les réalités d’un monde qui apparaît difficile à maîtriser : les déclassés, les gagne-petit, les mal-aimés, ceux et celles qui, rendus vulnérables, sont les plus fragiles s’ y trouvent au centre de la scène. Et malgré la place que les préoccupations sociales tiennent, la voix narratrice s’insère franchement dans cette œuvre en y intervenant d’une manière à la fois directe et critique, mais aussi tendre et toujours juste.

Je vous complique parce qu’autour de vous
j’invente l’étreinte abominable, inextricable
je vous jure aussi des murs entiers de graffitis
d’une gaminerie insupportable
je vous donne des morceaux de ma vie

Est-ce un poème d’amour ou un aveu à ses lecteurs? Même lorsque la poète semble se cacher derrière l’écran, lorsqu’elle paraît prendre ses distances, c’est pour mieux faire l’aveu de ses partis pris :


je t’informe, et tu le sais déjà
que je suis ironique depuis que je respire
et depuis que la bêtise mène le monde tout droit
à la violence conjuguée à tous les temps
à toutes les personnes et
à tout jamais
depuis que le monde n’est pas du monde
et que je n’y suis plus pour personne

Oscillant entre le portrait social et l’univers d’une intimité débridée, cette poésie de colère et de tendresse, de sarcasme et d'ironie, se présente comme une prise de parole d’une grande humanité.