Description de l'œuvre

Margaret Atwood
Yolande Villemaire

Traduction : Louise Desjardins

En 1983, à Vancouver, j’ai entendu Margaret Atwood lire ce texte dans lequel elle faisait l’apologie du rose. Le rose qui déconcerte l’ennemi. Voilà une façon bien originale de faire la guerre, me suis-je-dit, imaginant tous les soldats de la terre en uniformes roses à pois. Ce matin, 21 janvier 1991, j’imagine bien Saddam Hussein et Georges Bush en rose. Si le ridicule pouvait tuer ! La langue de Margaret Atwooddésagrège ce qui fait peur par sa subtilité, son humour.

Ma rencontre avec la poésie de Margaret Atwood est relativement récente et s’est faite à l’occasion de la lecture de ses Journals of Susanna Moodie. Dans ce livre, la poète a réussi à se mettre, à me mettre dans la peau et dans l’âme de cette pionnière anglaise, à dire tout ce que Suzanna Moodie avait pensé mais n’avait pas dit dans ses livres. Ces poèmes m’ont amenée aux autres recueils de Margaret Atwood : elle en a publié au moins huit, et, ce, sur une période allant de 1968 (The Circle Game) à 1984 (Interlunar). C’est alors que je suis entrée dans l’univers fascinant de la poésie de Margaret Atwood, un univers où les mots marchent sur des œufs, où la détresse ne se soumet jamais au pathos, où l’humour fouine dans l’horreur des sentiments avec la précision du scalpel. Les Snake Poems que j’ai traduits ici font partie de Interlunar et parlent avec désinvolture et courage de cet animal chthonien, de cet animal dont tout le monde a peur, qu’on n’affronte que sous forme de bracelet, de collier ou de boucles d’oreilles, qu’on voit dans Indiana Jones et qu’on désigne sous le nom venimeux de vipère.

Je remercie Margaret Atwood, Hugh Hazelton, et mon père de m’avoir aidée à la traduction de ces poèmes de serpent.
 

Louise Desjardins

 

Pour que ce soit clair

« je te parle tout bas
pour que ce soit clair
pour que le son s’ajuste
au timbre de ma voix
je marche dans un parc
qui flambe de lumière
des insectes invisibles grafignent le fond sonore
la scintillation du doute
n’est qu’une répétition lente
du même insignifiant mystère »

Yolande Villemaire